Enfers et fantômes d’Asie

L'expo qui fait frissonner de peur au musée du quai Branly

Tremblez pauvres mortels, les enfers et leur armée de fantômes prennent le contrôle du musée du quai Branly ! L’exposition Enfers et fantômes d’Asie propose, jusqu’au 15 juillet, une plongée originale dans les histoires de fantômes et d’épouvante chinoise, thaïlandaise et japonaise.

Les enfers

C’est dès le 10ème siècle que l’art bouddhique chinois illustre le jugement des âmes aux enfers. En effet, dans le bouddhisme, toute existence est provisoire et les défunts passent par les enfers, sorte de purgatoire, pour être jugés puis pour expier leurs fautes par la torture avant de pouvoir se réincarner. Ces supplices infligés se retrouvent en Asie orientale et du Sud-Est dans les temples et en peinture avec un but pédagogique pour enseigner la loi du karma.

Juge des enfers (18ème siècle ; Japon ; bois peint, cristal)

Les enfers des textes bouddhiques ne sont pas uniques mais multiples. En Chine et au Japon, ils s’organisent en différents niveaux présidés par des roi-juges qui supervisent ce système juridique complexe. Les actions des vivants sont notées sur des registres qui sont consultés le jour du jugement. Les mauvaises actions sont punies par des tortures orchestrées par des démons, ainsi les voleurs seront brûlés et les coupables d’adultère devront montrer et descendre sur un arbre à épines.

Manuscrit du Nemi jâtaka (1869 ; Myanmar ; peinture sur papier)

Les fantômes

Nombreuses sont les créatures démoniaques : démons bien sûr mais aussi, vampires, revenants affamés, spectres de la forêt et surtout fantômes pris au piège entre deux mondes, souvent suite à une mort violente et anormale. Les fantômes hantent les vivants pour se venger, réclamer justice ou tenter de terminer une tâche qui leur tenait à cœur. Au Japon, c’est à partir du début du 17ème siècle que le fantôme commence à prendre toute son ampleur. Les histoires fantastiques passionnent les foules et différents artistes vont amener à la création de la fameuse image du fantôme vêtu d’un linceul. Ils sont tellement célèbres que ces fantômes superstars disposent d’un nom, on ne parle donc plus de fantômes en général mais du spectre d’Asakura Tôgo dont la légende est tirée d’une histoire vraie (c’est la base de toute bonne histoire de fantômes) ou encore Oiwa, une femme empoisonnée, défigurée et jetée dans la rivière par son mari qu’elle va hanter pour se venger.

La femme-chat

Tous ces fantômes constituent les fondations de la vague de films d’horreur japonais, appelée J-horror, qui a déferlée sur le monde dans les années 90 à 2000 avec des titres comme The Ring et sa fameuse cassette vidéo maudite qui provoquerait la mort de celui qui la regarde 7 jours plus tard. Le fantôme type n’est plus alors représenté ébouriffé mais souvent sous les traits d’une jeune femme aux longs cheveux noirs lui cachant partiellement le visage. Dans l’exposition une salle est consacrée à ces films, dans une ambiance angoissante, on tombe nez à nez avec ces spectres effrayants !

Depuis, tout ce temps, la culture populaire n’a eu de cesse de réinventer les fantômes et autres créatures. J’ai pour ma part découvert dans l’exposition l’existence de la fête d’O-bon pendant laquelle le Japon célèbre et perpétue la tradition des contes de fantômes. Ces êtres vaporeux et leurs confrères se retrouvent donc logiquement dans des mangas, des cartes, des jeux vidéo et autres films.

Portfolio signé de Shigeru Mizuki (vers 1990 ; Japon ; impression sur papier)

Une grosse partie de l’exposition est consacrée aux fantômes mais elle aborde aussi d’autres créatures comme les vampires sauteurs chinois, les phi prêts c’est à dire des êtres damnés très maigres dans la culture thaïlandaise, les femmes au long cou qui leur permet d’espionner un compagnon volage ou encore les monstres-squelettes.

Couple de Phi prêts (2017 ; Thaïlande ; résine, toile de coton, peinture)

La liste des créatures peu sympathiques est longue mais heureusement, l’exposition nous donne aussi quelques clés pour s’en protéger. Une section est donc consacrée aux amulettes thaïes créées par des moines qui referment parfois un esprit protecteur. On y découvre aussi les maisons aux esprits qui sont des temples miniatures et protecteurs. Et puis n’oublions pas non plus les prêtes taoïstes chargés de se débarrasser des terribles vampires sauteurs !

Vampires sauteurs (costumes : fin du 19ème siècle, début du 20ème siècle ; Chine ; soie, feutre et coton) (masques et mains : 2017 ; Thaïlande ; moulages en latex, peinture)

Une exposition magnifique, gigantesque et fascinante

Le musée du quai Branly fait toujours de très belles et très intéressantes expositions mais il faut bien avouer que celle-ci est sublime ! Dès la première salle on est bluffé par une scénographie soignée, un décor riche, des objets nombreux et de natures diverses. C’est vers le début que l’on tombe ainsi nez à nez avec la porte des enfers, sous forme de bouche géante toute rouge qui semble se délecter du visiteur qui en la passant se retrouve en plein cœur d’un film montrant des damnés.

Porte des Enfers

Oui, il va de soi que cette exposition est davantage adaptée aux adultes et même clairement déconseillée aux enfants de moins de 12 ans sur le site du musée !

Estampes, costumes, créations spécialement conçus pour illustrer les propos de l’exposition, peintures, sculpture, costumes, jeux vidéo, mangas, hologramme, films sont autant de supports présentés. Il est vrai que le sujet est vaste mais l’exposition réussi à faire voyager le visiteur dans différents pays d’Asie, à différentes époques sans pour autant le perdre. Les explications sont nombreuses, claires, bien illustrées et on apprend énormément de choses dans cette exposition qui a aussi un fort côté ludique grâce à sa mise en scène assez dynamique.

Kannon porteur de lotus (19ème siècle ; Japon ; bronze)

J’ai particulièrement aimé le fantôme de la demoiselle qui se balade aussi dans l’exposition et que l’on retrouve dans différentes salles. J’ai beaucoup apprécié aussi la femme-chat dont on distingue l’ombre comme à travers une fenêtre ou encore la mise en place réalisée pour la partie J-horror. Mais en plus de cet aspect plus fun, on découvre une grande richesse des cultures et également une grande diversité et j’ai appris plein de choses passionnantes !

Musée du quai Branly - Jacques Chirac

Adresse
37 quai Branly — 75007 Paris, France
Téléphone
01 56 61 70 00
Horaires d'ouverture
Mardi, mercredi et dimanche : 11h00 - 19h00 ; jeudi, vendredi et samedi : 11h00 - 21h00
Localisation
Voir sur Google Maps
Site internet

En résumé

Enfers et fantômes d'Asie est une exposition extraordinaire proposée actuellement par le musée du quai Branly. On y découvre toute l'étendue de la culture de l'Asie et majoritairement de la Chine, du Japon et de la Thaïlande. Des idées fondatrices du bouddhisme aux jeux vidéo, l'exposition fait un large tour d'horizon majestueusement mise en valeur par une scénographie à couper le souffle !

Les plus

  • Scénographie
  • Grande diversité de supports
  • Objets créés spécialement pour illustrer l'exposition
  • Immense
  • Différentes cultures
  • Différents pays
  • Différentes époques

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